IN FRENCH

le manteau

se jette sur les épaules de lhomme

lui arrache les boutons, la martingale ;

lui tord les bras derrière le dos,

lui retourne les poches

le frotte / chiffonne / déchire / lacère,

puis le laisse au vestiaire

où lhomme reste accroché,

inutile, oublié,

le souffle oppressé,

laissant pendre

sa doublure rose

 

***

comme un skieur qui marche la nuit dans la neige

je garde en esprit ce quil ne saurait voir

la piste senfonce dans la forêt,

et dans ma tête il y a de plus en plus de choses,

le pin, comme il convient aux arbres, grince

dans le noir sous le gel acerbe ;

le skieur sort des bois vers le fleuve

(je vois au loin des feux multicolores)

il amorce la descente, et grince du langage

le fleuve nocturne, grand comme la mémoire

 

 

***

lhomme est fait de ce quil mange et boit,

de ce quil respire et de ce qui lhabille dordinaire,

moi aussi, je lis ce livre en commençant par la fin ;

la barque coulée navigue vers listhme du fleuve,

on emporte dans la maison le linge glacé par le gel,

et maintenant ces gens partagent ma table ;

lobscurité dabord est translucide, son langage épais

tu tournes la page et tu vois quelle est vide

  

              

***

lorsquil ne restera plus de causes,

je sortirai dans les congères du boulevard nocturne,

où nagent les poissons nus des vitrines,

où le lait dort en packs triangulaires

au commencement des commencements où vibre le terreau

je reviendrai des Grecs aux Varègues,

une femme en blouse blanche jouera lhymne du matin

sur du papier gris comme le ciel

 

 

***

jai si longtemps dormi sur un livre blanc

que le livre ma lu syllabe par syllabe,

un merle rose becquetait du vin,

du vin, il en veut toujours plus

il est si doux de pénétrer entre les lignes,

dattraper son cours non livresque,

pendant quune taupe creuse la noirceur de la terre,

ma ville-taupe, dont le sens est obscur

 

mon poème

aveugle comme un oiseau sous le vent,

couvert dun plumage

de noms étrangers : on dirait un goût dans la bouche,

qui serait inconnu

dans une fouille continuelle, sur les coutures

cherche toujours le bout des temps,

tant de futur là-bas

et jai si froid en lui

 

 

***

...les violoncelles transis

de nos morts

que nous sortons de leurs étuis,

jour après jour, note après note

touchant les faibles cordes sèches

nous souvenant de leur tonalité

(traductions de Ch.Zeytounian-Beloüs

-)